Hier je décortiquais le teaser du Coros Dura 2 Solar en relevant deux éléments : l'appellation « Solar » qui laissait présager une déclinaison sans panneau photovoltaïque, et surtout la disparition de la molette latérale. Coros vient d'officialiser le compteur, et il est temps de faire le point sur ce que la marque a réellement prévu.
La molette a bel et bien disparu. Mais Coros ne l'a pas supprimée sans contrepartie, et les deux solutions retenues sont nettement plus ambitieuses que ce que j'anticipais. En revanche, il va falloir parler du prix.
Les boutons haptiques, ou comment transformer une contrainte en solution
C'est l'idée la plus élégante de ce Dura 2 Solar, et elle répond directement à l'inquiétude que j'avais formulée.
Le panneau solaire, situé sous l'écran, fait désormais office de surface de commande. Il intègre deux boutons à retour haptique qui permettent de faire défiler les pages du compteur. Coros précise qu'ils sont positionnés exactement là où les mains reposent naturellement sur le cintre.
Le raisonnement industriel est habile : plutôt que de sacrifier de la surface pour loger des commandes physiques dans un boîtier qui ne fait que 5,7 mm d'épaisseur sur sa partie supérieure, Coros a fait travailler une pièce qui était déjà là.
Reste la question que seul un test en conditions réelles tranchera : ces boutons haptiques fonctionneront-ils aussi bien que l'ancienne molette avec des gants néoprène trempés ? Le retour haptique est une bonne nouvelle, parce qu'il confirme l'appui même quand on ne sent plus grand-chose sous les doigts. Mais deux boutons offrent moins de possibilités qu'une molette qui faisait défiler en continu.
Le contrôle vocal, et un timing qui ne doit rien au hasard
Voilà la fonctionnalité sur laquelle Coros mise pour transformer son compteur en véritable compagnon de route.
Le Dura 2 Solar embarque un microphone anti-vent et un haut-parleur. Concrètement, vous lui parlez : démarrer une sortie, la terminer, ajouter un point d'intérêt, recalculer un itinéraire, passer au morceau suivant. Et il vous répond à voix haute, notamment pour annoncer les changements de direction.
Ce qui rend cette annonce particulièrement intéressante, c'est qu'elle n'arrive pas isolée. Garmin vient tout juste de lancer son Edge 1060, dont l'argument central est précisément la commande vocale en mains libres, avec en prime l'envoi de messages à la voix.
Deux marques majeures qui sortent la même fonctionnalité à quelques jours d'intervalle, ce n'est pas une coïncidence. C'est le signe que la catégorie bascule. Après l'écran tactile, après la cartographie embarquée, la voix devient le prochain terrain de différenciation des compteurs haut de gamme. Ce qui paraît aujourd'hui être un gadget sera probablement un standard dans deux générations.
L'intérêt réel, au-delà de l'effet démonstration
Sur une sortie longue, chaque manipulation de compteur est un moment où vous ne regardez pas la route et où une main quitte le cintre. Pouvoir recalculer un parcours sans s'arrêter ni lâcher le guidon est un vrai gain de sécurité, et c'est encore plus vrai sous la pluie ou par grand froid, précisément les situations où la molette me manquait.
Il faudra évidemment vérifier deux choses à l'usage : la fiabilité de la reconnaissance vocale à 35 km/h avec du vent et un casque, et la qualité du support du français. Un micro annoncé comme anti-vent laisse espérer que le sujet a été pris au sérieux, mais c'est typiquement le genre de fonctionnalité qui se juge en conditions réelles, pas sur une fiche produit. Ce sera d'ailleurs un terrain de comparaison passionnant entre les deux marques.
Ce que Coros a amélioré par ailleurs
Au-delà des commandes, la fiche technique a sérieusement évolué par rapport au Dura premier du nom.
L'écran passe à 3,5 pouces, soit 30 % de surface supplémentaire par rapport au Dura 1, avec une densité de pixels supérieure de 17 %. Il reste en technologie Memory in Pixel avec traitement antireflet, le bon choix pour la lisibilité en plein soleil et pour l'autonomie.
Le boîtier adopte un dos en fibre de carbone tissée avec une lunette en alliage d'aluminium, pour un poids total de 99 grammes. La partie supérieure ne fait que 5,7 mm d'épaisseur.
L'autonomie, qui reste l'argument identitaire de la gamme, ne bouge pas : 120 heures en mode GPS tous systèmes, 70 heures en double fréquence. Le panneau monocristallin apporte toujours deux heures d'utilisation pour une heure d'exposition directe. Conserver ces chiffres tout en augmentant la taille de l'écran et en réduisant l'épaisseur du boîtier est une performance technique qui mérite d'être soulignée.
Côté fonctionnalités, le compteur gère jusqu'à 15 capteurs simultanés en Bluetooth et ANT+, pilote les transmissions électroniques Shimano, SRAM AXS et Campagnolo, intègre une sonnette et des commandes multimédia, et propose détection de chute, alertes de sécurité automatiques et notifications météo. La cartographie tourne sur un processeur Ambiq Apollo 510, avec noms de rues et de chemins, détection automatique des ascensions, et recalcul d'itinéraire hors ligne.
Le prix : 499 euros, et un support en moins
Venons-en au point qui va dominer les discussions.
Le Dura 2 Solar démarre à 499 euros. Le Dura premier du nom était lancé à 289 euros. C'est une augmentation de plus de 70 %, et elle change complètement le positionnement du produit.
Le Dura 1 était un outsider qui cassait les prix face à Garmin et Wahoo. Le Dura 2 Solar vient se placer frontalement sur le segment haut de gamme, face à un Edge 1060 qui arrive exactement au même moment avec les mêmes arguments. Coros devra convaincre que son écosystème, encore jeune sur le vélo, vaut ce tarif face à un concurrent installé depuis vingt ans.
Le détail qui agace
Et ce n'est pas tout. À 499 euros, le compteur est livré sans support. Coros propose en option un support standard en aluminium pour 50 euros supplémentaires.
Le Dura 1, lui, incluait un support dans la boîte. Il était en plastique, admettons, mais il était fourni et il faisait le travail.
Cinquante euros pour un support de compteur en aluminium, c'est franchement excessif, même en tenant compte du fait qu'il accepte aussi une caméra, un radar ou un éclairage. On parle d'une pièce d'aluminium usinée que de nombreuses marques tierces proposent entre 20 et 30 euros. Sur un produit déjà facturé 499 euros, ce choix laisse une impression désagréable.
Pour être juste, Coros propose deux versions clairement identifiées, et ceux qui possèdent déjà un support compatible n'auront pas à payer deux fois. Mais pour un nouvel acheteur, l'addition réelle grimpe à 549 euros.
Et la version sans solaire ?
Dans mon analyse du teaser, j'avançais que le suffixe « Solar » annonçait probablement une déclinaison sans recharge photovoltaïque, comme Garmin le pratique sur ses gammes.
À ce stade, Coros n'a rien annoncé en ce sens. Les seules variantes présentées sont celles liées au support. L'hypothèse n'est donc ni confirmée ni infirmée : elle reste plausible, d'autant qu'elle offrirait à Coros un moyen évident de proposer une porte d'entrée plus accessible, ce dont la gamme a désormais bien besoin au vu du tarif. Mais pour l'instant, c'est une spéculation et je la présente comme telle.
Mon avis à ce stade
Coros a fait le travail sur le plan technique. La disparition de la molette, que je redoutais, est compensée par deux solutions pensées plutôt que par un simple abandon. Les boutons haptiques intégrés au panneau solaire sont une idée astucieuse que je n'ai vue nulle part ailleurs.
L'écran plus grand, le poids de 99 grammes et l'autonomie maintenue à 120 heures dessinent un produit cohérent, taillé pour les longues distances et les brevets, exactement là où le Dura 1 avait trouvé son public. Sur l'autonomie, Coros conserve d'ailleurs un avantage que personne n'est venu lui contester.
Mais le prix change la nature de la discussion. À 289 euros, le Dura 1 se recommandait presque tout seul : on pardonnait volontiers quelques défauts logiciels au vu du rapport qualité-prix. À 549 euros support compris, il n'y a plus de marge d'indulgence, surtout avec un Edge 1060 qui débarque au même moment sur le même créneau. Coros entre dans une catégorie où l'on attend une maturité logicielle que la marque n'a pas encore totalement démontrée sur le vélo.
Je réserve mon jugement définitif à un test en conditions réelles. Les trois questions que je me pose sont simples : les boutons haptiques tiennent-ils la promesse de la molette sous la pluie, le contrôle vocal fonctionne-t-il vraiment à 35 km/h en français, et l'autonomie annoncée se vérifie-t-elle sur un brevet de 600 kilomètres ?
En attendant, mon test du Coros Dura premier du nom reste pertinent, d'autant que le modèle sortant devient une option intéressante pour qui en trouverait encore un en stock.
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